Les directives anticipées en médecine générale

Le mois dernier, je suis devenue un docteur, un vrai de vrai. Après des mois (enfin, des années!) de dur labeur, ce fut un vrai moment de joie, de partage, de reconnaissance. Bref, un moment d’émotions intenses.

Ce travail, né de questions que je me suis posée pour ma pratique de médecin généraliste, et qui m’a apporté des éléments de réponse, pourquoi ne pas vous le partager?  Alors, plutôt que de l’enterrer, à peine la thèse passée, je vais vous le présenter. Peut-être vous intéressera-t-il.

Voici donc le résumé de ma thèse. J’ai enquêté auprès de 101 patients, consultant en médecine générale, afin de recueillir leur avis sur le moment le plus opportun pour aborder l’information sur les directives anticipées (mission d’information du médecin traitant, intégrée à la modification de la loi Leonetti, rebaptisée Loi Claeys-Leonetti, le 2/2/16)

Titre de la thèse : Applicabilité du recueil des directives anticipées (DA) prévu par la loi Leonetti : enquête auprès de patients en médecine générale en Vendée et Loire-Atlantique.

Contexte : La loi du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie a modifié certains éléments relatifs aux DA : caractère contraignant non opposable, suppression de la durée de validité, conditions de conservation. Le médecin traitant a désormais le devoir d’informer ses patients de «la possibilité et des conditions de rédaction de directives anticipées. » (Article 8).  L’objectif de ce travail est de déterminer son rôle, selon les patients, concernant la circulation de l’information et la rédaction de DA.

Méthode : cette étude est descriptive quantitative, sous forme d’un entretien dirigé avec comme trame directrice un questionnaire, auprès de patients consultant au cabinet de leur médecin généraliste. Dans un second temps, et afin de comparer les données pertinentes, une analyse en sous-groupe a été réalisée. 

Résultats : 101 entretiens directifs ont été réalisés. 16.8% des patients connaissent le concept des DA et 4% des patients les ont rédigées. La majorité des patients a déjà réfléchi à des souhaits relatifs à sa fin de vie (68.3%). 77.2% des patients interrogés estiment nécessaire d’être informé de l’existence des DA par son médecin traitant lorsqu’ils sont « en bonne santé », et 91.1% en cas de « maladie grave ». A l’issue de l’entretien, 40,6% des patients interrogés ont estimé vouloir rédiger des DA. Les patients sans antécédent notable ont été les plus intéressés par l’information sur les DA (83,1%).  Le mode d’information souhaité par les patients est une campagne médiatique (86%), la remise en mains propres d’une brochure commentée directement par le médecin traitant (75,8%), la proposition d’une consultation dédiée à ce sujet (50,5%) ou encore la mise à disposition de brochures en salle d’attente (22,2%). Ils ne sont toutefois que 5.1% à souhaiter que cette mise à disposition en salle d’attente soit la seule source d’information venant du médecin.

Conclusion : les résultats de notre étude suggèrent que le médecin généraliste a une place essentielle, selon les patients, dans l’application de ce dispositif et que les patients attendent de lui qu’il soit à l’initiative d’une discussion sur la fin de vie et sur les DA. Il semble intéressant que les patients puissent être informés de l’existence de ce dispositif lorsqu’ils sont en « bonne santé ». Toutefois, les conditions d’exercice de la médecine générale ne permettent actuellement pas une information systématique active du médecin pour tous les patients, et il est donc important de cibler ceux intéressés et de repérer les situations qui sont propices pour aborder ce sujet.

D’après les patients interrogés, il n’est donc pas nécessaire d’attendre la survenue d’une maladie grave pour aborder le sujet des DA, et ils disent accueillir favorablement une discussion au sujet de la fin de vie indépendamment de leur état de santé. Il est donc important de repérer les patients intéressés (information en salle d’attente par exemple) et de saisir les occasions d’aborder un tel sujet (quelques exemples sont donnés ci-dessous). Pour les personnes âgées ou les personnes gravement malades, ce sujet est délicat à aborder. Évoquer le choix de la personne de confiance (notion bien intégrée par les patients) peut permettre d’initier une discussion sur la dégradation de l’état de santé.

Voici quelques exemples de situations où il peut-être opportun de délivrer une information sur les DA :

  • Après un séjour en réanimation ou suite à une hospitalisation
  • Décès, maladie grave ou hospitalisation d’un proche
  • Entrée en maison de retraite
  • Période pré-opératoire d’une chirurgie majeure
  • A l’occasion d’une question personnelle ou d’actualité portant sur une maladie, ou sur la fin de vie
  • A l’occasion d’une question relative au don d’organe
  • A l’occasion d’un simple bilan de santé, de la demande d’un certificat médical pour une assurance, une association, un vaccin
  • Avant de réaliser une activité à risque professionnel ou un loisir
  • Lors d’une question du patient sur sa fin de vie
  • Le plus précocement possible dans le parcours de soins d’un patient atteint d’une maladie incurable.
  • Patients en refus de soins.

Pour information, il existe maintenant un formulaire officiel de directives anticipées, que vous pouvez consulter ici.

Pour plus de détails, vous trouverez le texte intégral de ma thèse ici.

Des brochures officielles, ainsi que des affiches pour vos salles d’attente devraient voir le jour prochainement. Une campagne médiatique est prévue également.

Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas!

Marie Bigourdan-Brouard

 

 

3 commentaires

  1. j’avais été informé du sujet de cette thèse, et donc de la nouvelle loi de 2016, et j’ai apprécié la rapide synthèse présentée sur ce blog. Jeune grand-père et nouveau retraité j’ai téléchargé sans problème les formulaires modèles disponibles maintenant sur le site du gouvernement afin de les compléter et d’en parler avec mon médecin traitant. Merci

  2. Bonjour,
    Je suis neurologue et m’interesse à cette question.
    Avez vous fait une enquete aupres des médecins traitants? sont il désireux de prendre en charge cette question? souffrent t’ils d’un manque de formation à ce sujet?
    Merci et féilcitation pour votre thèse
    Claire

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